Le burn-out est devenu un mot courant, défini comme « le syndrome résultant d'un stress professionnel chronique qui n'a pas été géré avec succès ». Le burn-out n'est pas un échec personnel — il est le symptôme d'un système qui dépasse les limites humaines.
Employé parfois à la légère pour évoquer une grande fatigue, un ras-le-bol ou un moment de perte de confiance, pour celles et ceux qui le vivent cet épisode extraordinaire est tout sauf anodin. Dans le corps, ce processus d'épuisement profond a une résonance particulière, que mon ressenti d'ostéopathe n'oubliera pas.
Cet état qui n'est pas « juste » de la fatigue ne touche pas que le corps — il a également des répercussions sur le psychisme, le rapport au travail, et plus largement sur la société dans laquelle nous évoluons.
Plus qu'une fatigue, un effondrement progressif
La fatigue fait partie de la vie. Elle disparaît en principe après du repos, des vacances ou un changement de rythme. Dans le burn-out, le repos ne suffit plus.
L'épuisement s'installe lentement, parfois sur des mois ou des années. La personne continue à « tenir », souvent par sens du devoir, par conscience professionnelle, ou par peur de décevoir. Jusqu'au jour où quelque chose cède.
Quand le corps parle avant la tête
Quand j'ai commencé à exercer, en 2011, on osait tout juste évoquer le burn-out, le diagnostiquer — et je ne trouvais pas vraiment d'outils sur le sujet. Pour moi, la connaissance, la compréhension et l'intégration de cette pathologie se sont faites par le corps.
Récit de consultation
Je me souviens du premier patient diagnostiqué par son médecin généraliste et qui venait « parce que des séances d'ostéopathie étaient prescrites sur son ordonnance », sans trop comprendre le lien puisque « vous savez je n'ai mal nulle part ». Je lui ai alors proposé d'aller à la rencontre de ce que son corps nous disait.
J'ai été très surprise et perturbée de ressentir ce corps inerte, figé, sans réaction. Normalement les tissus « répondent » à la suggestion thérapeutique manuelle — et là, c'était comme si je contactais du « non-vivant ». C'est d'ailleurs en cela que je distingue manuellement le burn-out du surmenage, qui lui ne met pas le corps à l'arrêt mais plutôt en hypervigilance.
Bouleversée et sous l'émotion de ce « non-ressenti », j'ai questionné le patient : « Comment avez-vous su que cet état était différent d'un virus, d'un moment de fatigue ou de déprime ? Qu'est-ce qui vous a fait dire que cette fois-ci c'était autre chose ? »
« Et bien, vous voyez la montre... Un matin je me suis réveillé et c'était comme si je n'avais plus de pile. Je ne pouvais pas me lever ni me doucher, plus rien. »
Je lui ai confirmé que ce ressenti était exactement identique à celui de mes mains.
Je lui ai proposé une séance plus rapprochée qu'à l'habitude, une semaine après. Et là, il est arrivé marqué en me disant : « Je ne sais pas ce que vous m'avez fait, mais depuis notre séance je suis épuisé et j'ai mal partout. » Et voilà — le corps sortait de ce silence, et notre travail pouvait commencer.
Le burn-out : l'occasion d'être au plus proche de son désir profond
« Le corps ne sait pas mentir longtemps. Il compense, s'adapte, encaisse... jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus. »
Comme le tigre nous le rappelle souvent, le corps est notre allié — il sait avant nous ce qui va ou ce qui ne va pas. Je pourrais vous parler des chiffres, des facteurs de risque, d'organisation du travail, des leviers de prévention, du retentissement sociétal... Mais d'autres, plus spécialisés, l'ont déjà fait.
Moi, je veux revenir avec vous sur cette expérience bouleversante — celle de ce corps figé, contraint, étriqué — et sur l'importance de savoir ressentir son corps, s'y connecter, l'écouter et le considérer.
Au début de mon activité, j'avais choisi de développer ma pratique de deux manières : en formation continue sur la périnatalité, et en entreprises pour ne pas perdre le lien avec l'extérieur. Un jour, une manageuse consultant à mon cabinet, découvrant ma double spécialité, m'a demandé : « Mais quel est le lien entre la prise en charge du nouveau-né et l'entreprise ? »
Je lui ai partagé qu'à mon grand étonnement j'y voyais de nombreuses similitudes — notamment dans l'accueil du nouveau-né avec celui du collaborateur. Pour l'un et l'autre, s'il est favorable, il permet de « rentrer en compétences » : avoir un développement harmonieux, sécréter des hormones du bien-être, vivre au sein d'un corps délié, être créatif. Et toutes ces qualités retentissent sur l'écosystème environnant avec un rayonnement puissant et valorisant.
Ce que le burn-out rend possible
- Résilier des conditions non adaptées et peu favorables à l'accomplissement.
- Révéler sa vraie nature indépendamment d'un cadre souvent étriqué.
- Retrouver le plaisir de faire, même s'il y a un risque — créer, tenter, sans se replier dans des schémas de peur.
- Prendre ce chemin de conscience que la vie nous offre.
Plutôt que de chercher à « repartir comme avant », le burn-out invite à une question bien plus profonde : comment vivre et travailler sans s'abîmer ?
Écouter son corps, reconnaître ses limites, interroger le sens de ce que l'on fait... ce sont souvent des étapes nécessaires pour retrouver un équilibre plus respectueux de soi — une véritable hygiène émotionnelle.
« Aucun corps, aucun être humain ne peut durablement
fonctionner contre lui‑même. »
— Alexandra Bonnigal
Reconnectez-vous à l'enfant qui est en vous
Vous le voyez ? Prenez le temps de le ressentir, dans votre corps. Il s'élance, essaie, ose, trébuche, se rattrape et continue — avec la fierté de l'expérience acquise et la joie de pouvoir aller où il veut et faire ce qu'il veut.
Il est à vous et en vous.
Prenez soin de lui, écoutez-le — parce que c'est lui qui sait.